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Transitions Confinées #4 - Réseau Soutien Migrants 89, groupe Poyaudin et besoin d'hébergement!


"Il n'y a pas d'étrangers sur cette terre."

Devise de la Cimade.


Catherine Maître est membre de la direction collégiale de l'association Réseau Soutien Migrants 89. Elle habite Fontaines. Éducatrice spécialisée en retraite, elle a essentiellement exercé des Mesures d'Assistance Éducative en Milieu Ouvert judiciaires (A.E.M.O.).



Julie - Peux-tu me parler de l’élan qui a fait naître RSM89 : quand, comment, quels objectifs ?


Catherine commence par donner la parole à Pacco, autre membre de la direction collégiale, qui a vécu l’événement fondateur de RSM89 :

Il y a 10 ans tout juste (c'était en mai 2010) un groupe d'une centaine de Sans-papiers parisiens a décidé de sensibiliser la population française à leur sort. Ils se sont lancés dans une marche de Paris à Nice où devait avoir lieu une réunion France-Afrique au niveau des chefs d'État.

Il leur fallait trouver des étapes sur tout le parcours. Dans l'Yonne, des gens se sont trouvés pour organiser cela à Sens, à Joigny, à Auxerre. Je dis « ils se sont trouvés » parce que, pour la plupart, ils ne se connaissaient pas. Il y avait peu de chances qu'ils se rencontrent sur une action commune. Il y avait là des militants associatifs, des syndicalistes, des politiques et, bien sûr des humanitaires. Mais il y avait aussi des gens qui ne s'étaient jamais vraiment posé concrètement la question des migrants et qui, pourtant, pendant ces 3 jours, ont effectué des démarches pour leur trouver des hébergements, des endroits de pique-nique, les ont véhiculés pour les petites courses, ont mangé avec eux.. et ont marché avec eux.

Le dernier jour, au moment de la séparation, on ne savait plus qui remerciait qui : les sans-papiers pour l'accueil chaleureux ? ou les accompagnants qui, comme je le disais « se sont trouvés » grâce à eux.

Une fois les sans-papiers partis, il n'était pas question de perdre cette fraternité et un collectif informel s'est rapidement constitué, comme une sorte de prolongement de la CIMADE qui traitait les questions administratives et juridiques des migrants, mais qui n'avait pas les moyens de les accompagner dans leur vie quotidienne. Il s'est appelé « Vigilance Migrants ». L'un des principaux problèmes à régler était celui de l'hébergement. Alors, le jour où un propriétaire ami a décidé de mettre une maison à notre disposition pour un an, et qu'il a fallu régler des questions d'assurance, de paiement d'électricité et d'eau, cela nous a incité à nous structurer plus sérieusement et nous avons créé le Réseau Soutien Migrants 89. C'était en 2013.

Catherine : D'une façon générale, RSM89 accompagne ces migrants dans leurs démarches sociales, administratives (toujours en lien avec la CIMADE sur ce plan), dans l'apprentissage de la langue française, le soutien scolaire pour les jeunes, dans le soutien moral, etc…

RSM89 ne reçoit aucune subvention. Ses seuls revenus sont les adhésions et les dons des uns et des autres ou les revenus d'actions ponctuelles (exemple un concert en février dernier à Lormes).

RSM89 mène également des actions avec d'autres associations d'aide aux migrants (cela a été le cas du concert que je viens de citer organisé avec l'Association de Solidarité avec les Migrants du Haut Nivernais).

Enfin, RSM89 interpelle régulièrement les pouvoirs publics, les politiques, sur les conditions désastreuses d"accueil" des migrants : nombreux refus excessifs de statuts de réfugiés par l'OFPRA (Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides) puis par la CNDA (procédure d'appel de l'OFPRA), quelques refus très contestables de cartes de séjour même quand les demandeurs remplissent les conditions requises, contestation de l'existence des CRA (centres de rétention administrative), abus d'OQTF (Obligation de Quitter le Territoire Français), d'assignation à résidence, non hébergement par l’État de demandeurs d'asile qui, pourtant, ont droit à être logés, etc…

Quand t’y es-tu engagée et pourquoi, quel a été ton élan personnel ?

J'ai participé au groupe informel cité ci-dessus, à la fin de son existence, puis j'ai contribué à la création de RSM89.

Mon élan personnel? Peut-être deux raisons. Certainement mon histoire familiale qui m'a sensibilisée très vite aux personnes démunies et surtout une conscience "politique" à partir des années 68 contre toute forme d'injustice, d'exclusion, de racisme, etc….

Concrètement quelles-sont tes actions au quotidien auprès des personnes accompagnées ?

Comme tout membre actif de RSM89, je participe à l'accompagnement de plusieurs personnes migrantes hébergées par l'association : des jeunes scolaires et des familles. L'accompagnement, c'est-à-dire : rencontres régulières (quand ce n'est pas le confinement!) et si ce n'est pas possible, des contacts téléphoniques réguliers, des cours de FLE (Formation Langues Étrangères) pour les adultes, du soutien scolaire pour les plus jeunes, accompagnement physique pour telle ou telle démarche sur Auxerre, Sens, Dijon, Paris, aide dans les dossiers administratifs (demande d'AME - Aide Médicale d'Etat -, constitution de dossiers pour des demandes de carte de séjour, visite éventuellement en CRA). Il s'agit aussi de s'assurer que les personnes hébergées disposent de quoi vivre correctement : dans l'aménagement du logement, au niveau alimentaire, ouverture vers des loisirs, etc…

Il y a un groupe de bénévoles RSM89 au niveau départemental. Comment cela fonctionne ?

RSM89 est géré par une collégiale de 12 membres. Un nombre beaucoup plus important de bénévoles soutiennent l'action de RSM89 : par des actions concrètes sur le terrain, par des aides matérielles, financières, etc… Cela représente à peu près une soixantaine de personnes.

Nous intervenons sur le département de l'Yonne. Les lieux d'hébergement sont très dispersés.

Autour de chaque personne ou famille hébergée, nous avons à cœur de créer un collectif pour accompagner les migrants dans toutes leurs démarches. Sans ce collectif, l'hébergement seul n'est pas suffisant pour aider les migrants (malheureusement, dans certains coins assez éloignés, il existe des familles, deux actuellement, qui n'ont pas un soutien quotidien de personnes proches).

Les hébergements que nous trouvons sont divers : auprès de particuliers, parfois dans le logement même des logeurs, solution assez difficile à vivre qui ne peut durer qu'un moment; parfois chez des particuliers qui disposent d'une dépendance; parfois dans des résidences secondaires peu utilisées par les propriétaires; ce peut être aussi dans des logements municipaux ou des logements appartenant à l'évêché.

En règle générale, nous ne payons pas de loyer pour les hébergements proposés, notre budget ne nous le permettant pas. Mais, il y a toujours des situations particulières : nous payons un loyer pour un appartement où nous logeons 4 jeunes mineurs MNA (Mineurs Non Accompagnés), déclarés majeurs par le Conseil Départemental donc, non pris en charge par cette administration; dans cette situation, nous n'avions pas le choix, sinon, les jeunes se seraient retrouvés dehors dans la rue. Dans d'autres situations, il arrive qu'un loyer soit demandé : dans ce cas, c'est un collectif local qui prend en charge, volontairement, le montant du loyer. RSM89 paye toutes les charges afférentes à ces hébergements : électricité, gaz, taxe d'habitation, taxe enlèvement des ordures, frais d'assurance. Parfois, c'est rare, les propriétaires prennent ces frais à leur charge.

Récemment tu as initié la création d’un sous-groupe en Puisaye. Pourquoi? Combien de personnes ? Quelles actions ?

C'est au cours de deux soirées organisées par les associations Transitions* et Anartscène autour du thème des migrants, qu’une vingtaine de personnes de Puisaye se sont fait connaître auprès de RSM89, souhaitant faire "quelque chose" pour aider les migrants. Avec les membres du réseau qui habitent la région et quelques personnes qui sont venues se rajouter au réseau une fois constitué, nous arrivons à une petite quarantaine de personnes qui sont sur la liste sur laquelle nous communiquons. Disons, que sur cette liste, une quinzaine de personnes s'impliquent vraiment, mais après le confinement, il y en aura peut-être davantage.

Fort de ce collectif qui s'est constitué, nous avons recherché un lieu d'hébergement possible. Comme d'habitude, nous avons cherché auprès de privés, d'élus, de communes, et nous avons trouvé. C'est réjouissant, contrairement à ce que l'on dit, de constater que des gens qui ont des responsabilités savent prendre les décisions qu'il faut.

Une famille de 4 personnes est arrivée la veille du début du confinement dans une commune de Puisaye. Est-ce que tu peux me raconter comment ça s’est fait ? Les difficultés éventuelles, les soutiens…

Aujourd’hui en plein confinement, comment ça se passe ?

Une famille, effectivement, est arrivée en Puisaye à la veille du confinement, très bien accueillie par ceux qui s'étaient engagés. Plusieurs membres du collectif se sont tout de suite mobilisés pour apporter le plus de bien-être possible à la famille, tâche surtout difficile dans cette période de confinement : aide matérielle, financière, contacts téléphoniques réguliers, soutien scolaire avec un des enfants au téléphone, en lien avec l'enseignante, chacun gérant un domaine de sa compétence.

L'après confinement nous permettra d'établir une vrai relation avec la famille, d'apprendre à se connaître mutuellement, voir les possibilités d'ouverture sur l'extérieur.

Est-ce que tu veux dire un mot plus général sur la situation des personnes accompagnées par RSM89 et sur le déroulement de ces accompagnements - notamment durant cette période de confinement, mais aussi en période « normale » ?

Nous respectons les consignes liées à l'épidémie et particulièrement le confinement. Il nous a d'abord fallu faire prendre conscience à certains de l'utilité de ce confinement. Tâche pas toujours facile, surtout avec les jeunes mineurs!

Nous veillons à ce qu'ils aient de quoi se nourrir, dans cette période où les enfants qui fréquentaient la cantine scolaire sont à la maison, où les Resto du Cœur fonctionnent moins régulièrement, où les petits boulots ne peuvent plus s'exercer…

Et par nos contacts réguliers, nous nous assurons qu'ils ne manquent de rien d'essentiel.

Du coup, les démarches administratives sont bloquées : les audiences à l'OFPRA et à la CNDA sont suspendues, les demandes de cartes de séjour attendent le dé-confinement et vont donc prendre beaucoup de retard, de même pour les demandes d'AME, etc. Après le dé-confinement, il nous faudra aider les migrants dans toutes ces démarches.

Quels-sont les besoins d’RSM89 pour maintenant et pour les temps qui viennent ? De quelle manière est-il possible de contribuer ?

Les besoins de RSM89 sont avant tout des besoins d'hébergement; nous manquons cruellement de propositions d'hébergement pour des personnes dont l'hébergement actuel prend fin prochainement, soit chez des particuliers, soit dans des foyers, leurs droits à y résider atteignant leur terme.

Donc, nous étudions avec intérêt toute proposition d'hébergement. Il faut savoir que pour des questions de commodité (proximité d'un collège ou d'un lycée, manque de moyen de locomotion pour se rendre dans diverses administrations ou associations caritatives souvent situées à Auxerre), les hébergements sur Auxerre ou dans les environs proches sont privilégiés, mais dans certains cas, surtout pour une famille, cela peut se faire dans des petites villes de la région.

Comment devenir bénévole au sein du Réseau Soutien Migrants 89 ?

RSM89 est ouvert à tous.

Nous tenons une réunion mensuelle, le 3ème mercredi de chaque mois au 2, rue des Boucheries à Auxerre (pendant le confinement, ces réunions se passent au téléphone, mais elles reprendront leur forme initiale dès la fin du confinement). Toute personne intéressée peut assister à ces réunions.

On peut nous contacter sur notre adresse mail : contact@rsm89.org ou par voie postale : RSM89, mairie, place de l'Hôtel de Ville, 89000 Auxerre. Nous répondons à toute proposition, toute demande.

Pour ceux qui veulent adhérer, le bulletin à remplir est Site internet RSM89 par ici

Page Facebook hopla

Est-ce que tu veux ajouter quelque chose ?

Non, si ce n'est que je remercie Transitions de donner ainsi la parole à RSM89.

Merci Catherine. Merci Pacco. Avec amour et détermination.

Julie

* NDLR : on est hyper content.e à Transitions en lisant ça car c'est une des raisons d'être de l'asso : contribuer à étendre ce maillage de l'entraide !


Un peu d'inspiration Bretonne, solidarité chantée, dessinée, dansée... Manifestez-vous !

Pas de retour à l'anormal.



"Si vous allumez une lampe pour quelqu’un d’autre, elle égaiera aussi votre chemin."

Attribué à Bouddha.



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